Cultiver au bord du monde : rencontre avec Min Il Lee
" Je dirigeais une entreprise à Séoul et je suis venu cultiver la terre dans la zone démilitarisée (DMZ) après que mon corps et mon esprit ont succombé à l’épuisement. J’étais en quelque sorte en burn-out. Pour me soulager de la douleur liée à la maladie, j’ai pratiqué la médecine traditionnelle coréenne (que l’on appelle médecine orientale) telle qu’elle est décrite dans le célèbre Dongui Bogam (principes et pratiques de la médecine orientale), qui préconise une santé holistique grâce à l’utilisation de la phytothérapie, de l’acupuncture et de la moxibustion. Il s’agit d’un ouvrage datant de 1610. "

Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Min Il Lee. J’ai 71 ans et je suis agriculteur depuis maintenant 12 ans. Je cultive la terre dans la zone démilitarisée (DMZ), cette bande de terre de 4 km de large (et de plus de 241 km de long) qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud. Elle a été classée « habitat naturel » par l’UNESCO.
D'où venez-vous ? Quelles sont vos racines ?
Je suis issu du clan Lee d’Anseong, situé à environ 90 km de Séoul. Mes ancêtres sont originaires de la dynastie Song en Chine. Ils étaient érudits au service des empereurs chinois.
Qu'est-ce qui vous lie à la France ? À la culture française ?
J’ai travaillé pendant de nombreuses années pour une entreprise française très connue. Mon associée actuelle est originaire de Paris.
Pouvez-vous nous expliquer votre lien avec Albert Camus ?
Lorsque j’ai commencé à travailler pour cette entreprise française à Séoul, alors que j’étais jeune homme, je suis tombé sur un livre d’Albert Camus et sa théorie de l’absurde. Je m’y reconnais, car notre histoire coréenne frôle parfois l’absurde et, dans notre vie quotidienne actuelle, nous sommes confrontés à la même absurdité, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale.
Quel événement vous a amené à vous consacrer à une agriculture plus respectueuse de la nature et des traditions ancestrales ?
Je dirigeais une entreprise à Séoul et je suis venu cultiver la terre dans la zone démilitarisée (DMZ) après que mon corps et mon esprit ont succombé à l’épuisement. J’étais en quelque sorte en burn-out. Pour me soulager de la douleur liée à la maladie, j’ai pratiqué la médecine traditionnelle coréenne (que l’on appelle médecine orientale) telle qu’elle est décrite dans le célèbre Dongui Bogam (Principes et pratique de la médecine orientale), qui favorise une santé holistique grâce à l’utilisation de la phytothérapie, de l’acupuncture et de la moxibustion. Il s’agit d’un ouvrage datant de 1610.
Aujourd'hui en quoi consiste votre travail ?
La DMZ est un endroit où nous cultivons des fèves de soja pour fabriquer de la sauce soja sans pesticides et du ginseng coréen rare. Nous travaillons aux champs dès le lever du soleil et rentrons au coucher du soleil.
Quelle valeur vous tient vraiment à cœur ?
La santé. Quand on vieillit, on a des douleurs un peu partout. Je souhaite apprendre la sagesse que mes ancêtres ont acquise de la nature pour que le corps se sente mieux et ne souffre plus.

Quel est votre rapport au vêtement ?
Les vêtements, ce sont des ailes. Porter des vêtements neufs me fait du bien et allège mes pas.
Quel parallèle pourriez-vous établir entre votre activité et la réalisation d'un vêtement ?
Si une erreur est commise lors du tissage et que le tissu présente un défaut, mais que l’on continue malgré tout le processus de confection, tôt ou tard le fil se défait et le vêtement deviendra hors d’usage. Il en va de même en agriculture : si je ne prépare pas correctement le sol, si je ne l’entretiens pas et ne le traite pas bien, mes cultures ne résisteront pas aux intempéries. Dans les deux cas, la préparation, le souci du détail et le respect des processus sont essentiels.
Comment avez-vous découvert hollington ?
Par l'intermédiaire de mon associée française.
Qu'est-ce qui vous a plu chez hollington et à quelle occasion en portez-vous ?
Sa simplicité, sa qualité et son humilité. Je suis un simple agriculteur qui aime la qualité, et chaque jour la nature me rend humble. Je porte désormais hollington tout le temps.

Papyeong myeon, Paju-si
29 juillet 2026